Une petite biographie
 

ÉPISODE 9: NAVIRES, MARINS ET PAYSAGES DE MER

Pierre Brochard n’avait pas de lien particulier avec le monde maritime, si ce n’est quelques semaines de vacances sur la côte normande. Son premier emploi comme dessinateur industriel chez Rateau, à La Courneuve, l’amène, par hasard, dans un bureau d’études de moteurs à turbine pour les bâtiments de la Marine nationale. Il y acquiert surtout une expérience de dessin technique et de précision qui sera sa "marque de fabrique". Et pourtant…

Que ce soit sous formes d’illustrations libres ou de bandes dessinées, les bateaux, en bois ou en en métal, à voiles ou à moteur, fluviaux ou marins, sont nombreux dans l’œuvre de Pierre. Dans les BD dont il est le scénariste, comme la série des Zéphyr et celle des Saint-Clair, rares sont les épisodes où il n’y a pas une "machine navigante", même lorsque l’aventure conduit ses héros dans le désert d’Égypte ou d’Australie ! Les planches à caractère historique sont tout autant l’occasion de multiples scènes maritimes.

A la fin des années 1970, la maison Hachette lui propose d’illustrer un album de la célèbre collection La Vie privée des hommes sur le thème de la marine à voiles du 18e siècle. Le projet comprend plus de 120 images en quadrichromie qui mêlent des scènes vivantes et animées à des détails propres à la construction navale. Les connaissances sur les procédés de construction de la vieille marine sont, alors, plutôt l’affaire de spécialistes et ne sont guère accessibles au grand public comme de nos jours. L’ensemble de cette série représente donc pour l’artiste plus de 18 mois de recherches documentaires, d’esquisses et de mises au point. L’ouvrage paraît en 1979 et fera l’objet de plusieurs rééditions jusqu’en 1991. Pierre signe là l’une de ses plus belles réalisations.

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Quelques années plus tard, il réalise pour l’éditeur Nathan les illustrations de deux ouvrages dans la collection Monde en Poche, l’un ayant pour titre La Vie à bord d’un sous-marin (1985) et l’autre Les Grands voiliers au temps des Cap-Horniers (1986). En 1987, les éditions Fleurus lui commandent une bande dessinée documentaire sur la Société Nationale des Sauveteurs en Mer. Ce sera SOS Gwenn Mor (1987), album pour lequel il recueille sa documentation, sur site, auprès des sauveteurs bénévoles de la station de Saint-Malo.

Plus tard encore, Pierre signe chez Albin Michel Barcelone, un port à l’aube des Grandes Découvertes (1992) : un sujet sur lequel la documentation visuelle est extrêmement rare et pour lequel le dessinateur doit exercer tout son talent afin de rester dans la logique des chantiers et des marins catalans du 15e siècle.

Aussi, on ne s’étonnera pas de rencontrer assez souvent Pierre Brochard, durant ses années morétaines, carnet de croquis en main sur les quais de Saint-Mammès, port marinier au confluent de la Seine et du Loing.

ÉPISODE 8: RELIGIONS ET PHILOSOPHIES EN BANDES DESSINÉES

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En 1981, Pierre Brochard a soixante ans. C’est alors que débute pour lui une nouvelle phase de sa vie et de sa carrière professionnelle. Peu de temps après le décès de son épouse, Jacqueline, il décide de quitter la région parisienne pour s’installer à Moret-sur-Loing où il a des attaches familiales. Avec ses enfants, il y fait bâtir une nouvelle maison où il installe son atelier. S’éloignant de la presse, ses activités s’orientent désormais en trois directions : l’histoire des religions en BD, l’illustration documentaire éditoriale et l’implication culturelle dans le domaine local.

Ayant produit une grande partie de son œuvre aux éditions Fleurus, Pierre a, dès ses débuts, été amené à imager la vie pastorale soit dans les trois journaux principaux de l’Union des Œuvres, soit pour des publications parallèles comme Le Chœur, le journal destiné aux enfants servant le service religieux auprès du prêtre. De 1955 à 1965, il y illustre, entre autres, des histoires qui témoignent de la vie de certains personnages présents dans la tradition catholique. Sur des thèmes comparables, il intervient souvent aussi dans Fripounet.

A la fin des années 1970, il fait la connaissance du Père Thivollier qui lui propose de contribuer à une œuvre d’importance majeure, totalement novatrice à cette époque, la Bible en bandes dessinées.

Membre actif de la congrégation des Frères de la Charité, Pierre Thivollier (1910-2004) choisit la voie missionnaire dans les milieux défavorisés. Durant la Seconde Guerre mondiale, il s’investit dans l’aide aux personnes frappées par les effets du conflit : réfugiés, juifs, victimes des bombardements… Devant la détresse morale de ceux qu’il rencontre, il réalise que l’Église s’est trop éloignée du peuple. Il prépare alors un livre pour expliquer le sens et la modernité de la parole de Jésus, dans un langage simple, actuel et percutant. Publié dès la fin de la guerre, en 1945, cet ouvrage intitulé Le Libérateur aura un grand succès. Pierre Thivollier poursuivra son œuvre toute sa vie en faisant appel aux moyens d'expression les plus variés, et notamment la bande dessinée.

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Le Père Thivollier confie donc à Pierre Brochard l’illustration d’une vie de Jésus en bandes dessinées qui paraît tout d’abord en plusieurs fascicules aux éditions Cheminements (1977). Le dessinateur y applique toujours la même rigueur documentaire concernant le cadre historique, les costumes, les monuments. Quelques années plus tard, les planches sont reprises par les éditions du Bosquet puis reliées dans une série de 12 volumes sous le label Hachette (1982). Essentielle pour l’auteur, la série des Paraboles vient compléter le sujet.

Afin de prolonger la réflexion, les deux hommes travaillent ensuite à mieux faire connaître le Bouddhisme, l’Hindouisme, l’Islam, Confucius et Lao Tseu, dont les planches paraissent de 1987 à 1990.

ÉPISODE 7: L'HISTOIRE EN BANDES DESSINÉES

Pierre Brochard a, depuis ses premières années de dessinateur, manifesté un réel intérêt pour la représentation de scènes historiques avec une recherche de plus en plus accentuée de l’authenticité, dans les faits, les personnages et leur cadre de vie. Sa rencontre avec Jean-Marie Pélaprat, homme de grande culture et passionné d’Histoire, se révèle alors décisive. Au-delà des aventures d’Alex, Eurêka et l’inspecteur Lestaque, leur collaboration va s’étendre à bien d’autres sujets.

Aux éditions Fleurus, les planches abordant des thèmes historiques sont essentiellement présentes dans le journal Âmes Vaillantes, devenu plus tard J2 Magazine puis Djin. Les lectrices semblent particulièrement sensibles aux brèves histoires complètes, bien documentées, qui y apparaissent. Il s’agit là d’une petite révolution car la BD, jusqu’alors bien souvent méprisée, est considérée, au mieux, comme récréative bien plus qu’éducative.

En 1965, paraissent dix épisodes signés Pélaprat et Brochard consacrés à un mystère qui passionne les historiens depuis Voltaire : l’énigme du Masque de fer. Dans la foulée, les deux compères proposent à la rédaction une suite de quinze épisodes consacrés à un destin exceptionnel et tragique : la vie de Marie-Antoinette, reine de France et épouse de Louis XVI. Sous le titre De l’or à la pourpre, cette biographie intimiste, s’intéressant tout particulièrement à la personnalité de la reine, couvrira 45 planches publiées durant l’année 1966. Elle est suivie d’une nouvelle série ayant pour titre Le Roi a disparu et consacrée, elle, à une autre énigme de l’Histoire, celle de "Louis XVII". Les grandes séries historiques se prolongent en 1969 avec De l’île de beauté à l’île de malheur qui retrace la vie de Napoléon Bonaparte dont on célèbre cette année-là le bicentenaire.

Sur le thème historique, Pierre Brochard ne se limite à l’horizon Fleurus mais intervient, dès 1963, dans Francs-Jeux, journal éducatif publié par la Ligue de l’Enseignement et diffusé au sein des écoles publiques, de même que Terre des Jeunes, magazine destiné aux élèves des collèges. En dix ans, Pierre y signe une cinquantaine de sujets sur les scénarios de différents auteurs, allant de l’histoire des moyens de transport aux "Merveilles du monde", et à la vie du général Hoche ou du chevalier Bayard. Là encore, l’emploi du document le plus fiable possible est un souci permanent : auprès de Pierre intervient désormais son fils Philippe qui s’est orienté vers des études d’Histoire dans le cadre universitaire.

Avec les années, l’intérêt pour les sujets historiques s’amplifie. Pierre Brochard est de plus en plus souvent sollicité, en-dehors du domaine strict de la BD, pour illustrer divers récits, fiches et posters documentaires, ce qui va bientôt l’orienter vers d’autres éditeurs.

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ÉPISODE 6: LES ANNÉES PERRAC

Dès les années 1968-70, la presse enfantine dans son ensemble connaît une crise d’intérêt qui entraîne une baisse des ventes et des abonnements. L’ "âge d’or" semble passé. Chaque journal explore alors de nouvelles formules et la BD s’oriente vers de nouveaux publics, plus particulièrement celui des ados et des jeunes adultes. Les publications se font de préférence sous la forme d’albums, ce qui leur assure une plus grande durée de vie.

Les éditions Fleurus n’échappent pas à cette évolution tout en persistant dans la formule "presse". Cœurs Vaillants, qui a déjà changé de titre en 1963 avec J2 Jeunes, devient Formule 1 en 1970. Âmes Vaillantes, baptisé tout d’abord J2 Magazine en 1963 également, devient Djin en 1974. Fripounet et Marisette, rebaptisé Fripounet en 1969 puis regroupé avec Triolo, poursuit sa ligne éditoriale et sa publication, mais avec des difficultés grandissantes, jusqu’à la fin des années 1990. Auteurs et dessinateurs subissent les contrecoups de ces transformations : la série Alex, Eurêka, Lestaque s’arrête en 1970, Le Chevalier de Saint-Clair en 1971. Pierre Brochard a alors 50 ans.

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Avec son ami Jean-Marie Pélaprat, alias Guy Hempay, qui en assure le scénario et les dialogues, Pierre crée alors un nouveau héros, Perrac-la-Rapière, accompagné de son habile et précieux serviteur, Pactole. Il revient ainsi au roman de cape et d’épée classique, situé au XVIIe siècle : les péripéties, où l’on note des clins d’œil à Théophile Gautier et Alexandre Dumas tout autant qu’à Michel Zévaco, conduisent le lecteur dans une sorte de pastiche humoristique. La première aventure, intitulée Estramaçon et flamberge, paraît dans Formule 1 dès 1971. Elle donne naissance à une série de douze épisodes, publiés jusqu’en 1980.

Parallèlement, sur un scénario de Jean-Marie Nadaud, Pierre met en images les aventures d’Eric et Lespadon qui se déroulent dans le milieu maritime. La série connaît quatre épisodes, parus dans Fripounet de 1971 à 1973. Puis, de 1974 à 1979, et de nouveau en collaboration avec Jean-Marie Pélaprat, Pierre Brochard dessine pour le même journal les quatre épisodes de Théo Besagne. Puis, de 1980 à 1983, il signe encore, sur un scénario de Robert Génin, les sept épisodes de Maître Chang, un Chinois adepte des arts martiaux… au plein cœur du Moyen Âge européen.

Tout en renouvelant son style, Pierre Brochard s’éloigne peu à peu des nouvelles orientations de la bande dessinée. Insensiblement, il a déjà choisi une autre voie qui correspond mieux à son trait réaliste et à son intérêt pour la reconstitution historique.

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ÉPISODE 5: LES ANNÉES SAINT-CLAIR

Lorsque prend fin la série Zéphyr au début de 1963, Pierre Brochard a déjà dans ses cartons un nouveau héros en préparation. Observateur attentif de la presse enfantine concurrente des productions Fleurus, il souhaite apporter du nouveau. En douze ans, les lecteurs ont en effet changé et leurs attentes aussi.

Désireux de rester entièrement maître de son sujet, comme scénariste et comme dessinateur, Pierre se tourne alors vers l’Histoire et les romans de cape et d’épée qui, depuis le XIXe siècle et Alexandre Dumas, jouissent toujours d’un grand succès. Mais il choisit un contexte très peu traité jusqu’à cette époque : le XVIIIe siècle et plus particulièrement le règne de Louis XV sur lequel il se documente abondamment. Il imagine alors un jeune noble désargenté vivant dans une province éloignée de Paris et à cent lieues de la cour brillante mais futile de Versailles : la Bretagne.

Sous le crayon de Pierre Brochard, le nouveau héros ne tarde pas à prendre forme : ce sera le chevalier de Saint-Clair qui se trouve, dès ses débuts, en mauvaise posture pour s’être battu en duel (ce qui est interdit) et de surcroît la nuit de Noël. C’est le point de départ du premier épisode, Le Complot, dont la parution débute en septembre 1963 dans Fripounet

Dynamique, courageux et conscient de ses devoirs, mais avec la naïveté de sa jeunesse, Saint-Clair manque de se retrouver impliqué dans une sordide affaire de rapt de jeunes gens destinés à être expédiés, contre leur gré, comme main d’œuvre servile dans les colonies d’Amérique. Sur ce sujet paraît Le Serment du chevalier en 1964 qui enchaîne avec L’Épopée du Cormoran puis Le Repaire de l’Aigle en 1965.

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Cette même année 1965, la famille Brochard connaît un heureux événement : la naissance de Christine. Il s’avère alors que la maison de Saint-Rémy devient un peu trop petite. Pour l’agrandir et la rendre plus confortable, Pierre décide de lui ajouter un étage. Ce sera une fois encore un ouvrage commun à la famille.

A la façon dont il imaginait les aventures de Zéphyr, Pierre reste à l’affût de toute anecdote originale pour développer les scénarios du nouveau héros. Ses carnets de croquis ne le quittent pas, même au cours de brèves vacances. Il en rapporte des images qu’il transpose dans ses dessins.

En 1966, trois aventures se succèdent : Quand l’Atalante reviendra, Le Chevalier et le brigand et En garde chevalier ! Saint-Clair fait alors une pause pour laisser à Pierre Brochard le temps de travailler à ses nombreux autres projets en BD, illustrations de presse ou éditoriales. Mais le héros revient, toujours aussi vaillant. Le personnage de Saint-Clair mûrit. Avec Mission en Forêt Noire, il entre de plein pied dans le Secret du roi, un service d’action et de renseignement mis en place par Louis XV pour défendre le royaume des puissances étrangères. D’une certaine façon, Pierre Brochard renoue ainsi avec ses souvenirs de jeunesse. Les Trois forts de l’ouest (1968) puis Le Loup des mers (1969) et, en 1971, Les Quatre secrets du manoir marqueront la fin de la série.

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