Une petite biographie

ÉPISODE 11: LES ANNÉES À MORET-SUR-LOING

En 1981, Pierre et ses enfants s’installent à Moret-sur-Loing, petite ville située au sud de la forêt de Fontainebleau. Ils y retrouvent quelques attaches familiales et un environnement séduisant : un bel espace forestier, les paysages de la vallée de la Seine et du Loing ainsi que des lieux chargés d’histoire qui, depuis près de deux siècles, ont inspiré de nombreux artistes. Après avoir complété sa formation à l’école des Arts appliqués, Christine se lance à son tour dans une carrière artistique. Quelques années plus tard, la famille de Pierre s’agrandit successivement de trois petits-enfants : Roxane, Juliette et Axel.

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Tout en poursuivant ses travaux éditoriaux, Pierre Brochard s’implique progressivement dans la vie culturelle de la ville et de la région où il s'est nouvellement installé. Sur l’initiative de quelques bénévoles, Moret-sur-Loing a été, dès 1968, le théâtre d’un spectacle de son et lumière animé de figurants (morétains bénévoles) en costumes d’époque, ce qui était alors une grande innovation. Pendant plus d’une trentaine d’années, des milliers de spectateurs se sont pressés sur les bords du Loing pour revivre, à la nuit tombée, quelques instants féériques sous la forme de tableaux imagés et vivants, parcourant l’Histoire depuis l’époque gallo-romaine jusqu’au temps des Impressionnistes.

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Le savoir-faire de Pierre ne tarde pas à être sollicité. Par ses travaux, il contribue à la renommée du festival, aux activités de l’OCALM (Office de coordination à l’animation locale de Moret-sur-Loing), à l’association des Amis de Moret, à l’Office de tourisme et au GAM (Groupe artistique de Moret). Il réalise ainsi de nombreuses affiches et illustrations, souvent aussi quelques caricatures humoristiques. Il participe aux animations et, passionné par l’histoire locale, il se fait même guide-conférencier.

Pierre contribue également à diverses brochures touristiques concernant le sud Seine-et-Marne et la région du Gâtinais, les lieux fréquentés par les peintres de Barbizon et les Impressionnistes. Comme eux, il aime aussi parcourir la forêt ou les bords du Loing, carnet de croquis en main. Enfin, il anime pendant plusieurs années un groupe d’artistes amateurs à qui il transmet ses conseils techniques lorsqu’ils s’exercent en atelier ou sur le motif.

ÉPISODE 10: IMAGES DE L'HISTOIRE SOUS L'ANGLE DU QUOTIDIEN

Même s’il a longtemps privilégié la bande dessinée, Pierre Brochard n’a jamais cessé d’illustrer divers récits ou textes documentaires, pour Fleurus et pour d’autres éditeurs. Les sujets à caractère historique demeurent sa grande spécialité. C’est ainsi que les éditions Hachette le sollicitent d’abord pour illustrer trois titres de leur collection Histoire Juniors :

Pasteur (1979), Guillaume le Conquérant (1980) et Alexandre le Grand (1980). 

Dès 1975, Hachette lance aussi une nouvelle collection qui s’inspire des récentes orientations de la recherche historique, désormais moins événementielle. Elle aura pour titre La Vie privée des hommes au temps de… et va rapidement connaître un grand succès. Il s’agit d’albums richement illustrés, reconnaissables à leur couverture rouge et dont les sujets sont traités sous forme de vignettes, un peu comme des bandes dessinées. En quelques années, la rigueur documentaire s’impose et l’album "... à bord des navires du XVIIIe siècle" que Pierre Brochard produit d’abord pour cette collection se révèle exemplaire. Dès l’achèvement de celui-ci, Pierre travaille à un second ouvrage traitant de l’Antiquité celtique. Il a alors pour partenaire le professeur Louis-René Nougier (1912-1995), préhistorien mondialement connu. La collaboration s’avère fructueuse car si l’artiste ne détient pas tout le savoir scientifique d’un spécialiste, l’archéologue, lui, ne saurait pas traduire en images les connaissances patiemment recueillies au cours de ses recherches. Ce nouvel album, intitulé La vie privée des hommes au temps des Gaulois, paraît en 1981 et connaîtra de nombreuses rééditions durant plus de 30 ans !

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Devenu l’un des spécialistes de l’illustration documentaire, Pierre fait la connaissance de Martine et Daniel Sassier avec qui il se lie d’amitié et qui seront ses meilleurs "agents" pendant une quinzaine d’années. C’est avec eux, au sein de la structure AMDS, qu’il participe à la création d’une nouvelle collection chez Nathan, les Monde en poche. Toujours dans l’esprit "vie quotidienne", il s’agit cette fois de petits ouvrages au format poche et illustrés, au début, en noir et blanc. Les premiers titres, parus en 1983, sont Chevaliers et châteaux-forts et Dans un village gaulois. De multiples sujets enrichiront cette collection, pour laquelle Pierre illustre aussi la vie des cap-horniers et des sous-mariniers, puis Aux sources du Nil sur un texte de l’explorateur et géographe Bernard Pierre (1920-1997).

A cette même date, Pierre travaille à un autre projet pour les éditions Nathan : il s’agit d’une Histoire de France comprenant une abondante iconographie mêlant les photos de documents originaux et des scènes dessinées illustrant la vie quotidienne. L’ouvrage paraît en 1984. Cette même année, il signe également l’album Le Krak des chevaliers, une forteresse au temps des croisades chez Albin Michel pour la collection Un lieu, des hommes, une histoire.

 

ÉPISODE 9: NAVIRES, MARINS ET PAYSAGES DE MER

Pierre Brochard n’avait pas de lien particulier avec le monde maritime, si ce n’est quelques semaines de vacances sur la côte normande. Son premier emploi comme dessinateur industriel chez Rateau, à La Courneuve, l’amène, par hasard, dans un bureau d’études de moteurs à turbine pour les bâtiments de la Marine nationale. Il y acquiert surtout une expérience de dessin technique et de précision qui sera sa "marque de fabrique". Et pourtant…

Que ce soit sous formes d’illustrations libres ou de bandes dessinées, les bateaux, en bois ou en en métal, à voiles ou à moteur, fluviaux ou marins, sont nombreux dans l’œuvre de Pierre. Dans les BD dont il est le scénariste, comme la série des Zéphyr et celle des Saint-Clair, rares sont les épisodes où il n’y a pas une "machine navigante", même lorsque l’aventure conduit ses héros dans le désert d’Égypte ou d’Australie ! Les planches à caractère historique sont tout autant l’occasion de multiples scènes maritimes.

A la fin des années 1970, la maison Hachette lui propose d’illustrer un album de la célèbre collection La Vie privée des hommes sur le thème de la marine à voiles du 18e siècle. Le projet comprend plus de 120 images en quadrichromie qui mêlent des scènes vivantes et animées à des détails propres à la construction navale. Les connaissances sur les procédés de construction de la vieille marine sont, alors, plutôt l’affaire de spécialistes et ne sont guère accessibles au grand public comme de nos jours. L’ensemble de cette série représente donc pour l’artiste plus de 18 mois de recherches documentaires, d’esquisses et de mises au point. L’ouvrage paraît en 1979 et fera l’objet de plusieurs rééditions jusqu’en 1991. Pierre signe là l’une de ses plus belles réalisations.

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Quelques années plus tard, il réalise pour l’éditeur Nathan les illustrations de deux ouvrages dans la collection Monde en Poche, l’un ayant pour titre La Vie à bord d’un sous-marin (1985) et l’autre Les Grands voiliers au temps des Cap-Horniers (1986). En 1987, les éditions Fleurus lui commandent une bande dessinée documentaire sur la Société Nationale des Sauveteurs en Mer. Ce sera SOS Gwenn Mor (1987), album pour lequel il recueille sa documentation, sur site, auprès des sauveteurs bénévoles de la station de Saint-Malo.

Plus tard encore, Pierre signe chez Albin Michel Barcelone, un port à l’aube des Grandes Découvertes (1992) : un sujet sur lequel la documentation visuelle est extrêmement rare et pour lequel le dessinateur doit exercer tout son talent afin de rester dans la logique des chantiers et des marins catalans du 15e siècle.

Aussi, on ne s’étonnera pas de rencontrer assez souvent Pierre Brochard, durant ses années morétaines, carnet de croquis en main sur les quais de Saint-Mammès, port marinier au confluent de la Seine et du Loing.

ÉPISODE 8: RELIGIONS ET PHILOSOPHIES EN BANDES DESSINÉES

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En 1981, Pierre Brochard a soixante ans. C’est alors que débute pour lui une nouvelle phase de sa vie et de sa carrière professionnelle. Peu de temps après le décès de son épouse, Jacqueline, il décide de quitter la région parisienne pour s’installer à Moret-sur-Loing où il a des attaches familiales. Avec ses enfants, il y fait bâtir une nouvelle maison où il installe son atelier. S’éloignant de la presse, ses activités s’orientent désormais en trois directions : l’histoire des religions en BD, l’illustration documentaire éditoriale et l’implication culturelle dans le domaine local.

Ayant produit une grande partie de son œuvre aux éditions Fleurus, Pierre a, dès ses débuts, été amené à imager la vie pastorale soit dans les trois journaux principaux de l’Union des Œuvres, soit pour des publications parallèles comme Le Chœur, le journal destiné aux enfants servant le service religieux auprès du prêtre. De 1955 à 1965, il y illustre, entre autres, des histoires qui témoignent de la vie de certains personnages présents dans la tradition catholique. Sur des thèmes comparables, il intervient souvent aussi dans Fripounet.

A la fin des années 1970, il fait la connaissance du Père Thivollier qui lui propose de contribuer à une œuvre d’importance majeure, totalement novatrice à cette époque, la Bible en bandes dessinées.

Membre actif de la congrégation des Frères de la Charité, Pierre Thivollier (1910-2004) choisit la voie missionnaire dans les milieux défavorisés. Durant la Seconde Guerre mondiale, il s’investit dans l’aide aux personnes frappées par les effets du conflit : réfugiés, juifs, victimes des bombardements… Devant la détresse morale de ceux qu’il rencontre, il réalise que l’Église s’est trop éloignée du peuple. Il prépare alors un livre pour expliquer le sens et la modernité de la parole de Jésus, dans un langage simple, actuel et percutant. Publié dès la fin de la guerre, en 1945, cet ouvrage intitulé Le Libérateur aura un grand succès. Pierre Thivollier poursuivra son œuvre toute sa vie en faisant appel aux moyens d'expression les plus variés, et notamment la bande dessinée.

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Le Père Thivollier confie donc à Pierre Brochard l’illustration d’une vie de Jésus en bandes dessinées qui paraît tout d’abord en plusieurs fascicules aux éditions Cheminements (1977). Le dessinateur y applique toujours la même rigueur documentaire concernant le cadre historique, les costumes, les monuments. Quelques années plus tard, les planches sont reprises par les éditions du Bosquet puis reliées dans une série de 12 volumes sous le label Hachette (1982). Essentielle pour l’auteur, la série des Paraboles vient compléter le sujet.

Afin de prolonger la réflexion, les deux hommes travaillent ensuite à mieux faire connaître le Bouddhisme, l’Hindouisme, l’Islam, Confucius et Lao Tseu, dont les planches paraissent de 1987 à 1990.

ÉPISODE 7: L'HISTOIRE EN BANDES DESSINÉES

Pierre Brochard a, depuis ses premières années de dessinateur, manifesté un réel intérêt pour la représentation de scènes historiques avec une recherche de plus en plus accentuée de l’authenticité, dans les faits, les personnages et leur cadre de vie. Sa rencontre avec Jean-Marie Pélaprat, homme de grande culture et passionné d’Histoire, se révèle alors décisive. Au-delà des aventures d’Alex, Eurêka et l’inspecteur Lestaque, leur collaboration va s’étendre à bien d’autres sujets.

Aux éditions Fleurus, les planches abordant des thèmes historiques sont essentiellement présentes dans le journal Âmes Vaillantes, devenu plus tard J2 Magazine puis Djin. Les lectrices semblent particulièrement sensibles aux brèves histoires complètes, bien documentées, qui y apparaissent. Il s’agit là d’une petite révolution car la BD, jusqu’alors bien souvent méprisée, est considérée, au mieux, comme récréative bien plus qu’éducative.

En 1965, paraissent dix épisodes signés Pélaprat et Brochard consacrés à un mystère qui passionne les historiens depuis Voltaire : l’énigme du Masque de fer. Dans la foulée, les deux compères proposent à la rédaction une suite de quinze épisodes consacrés à un destin exceptionnel et tragique : la vie de Marie-Antoinette, reine de France et épouse de Louis XVI. Sous le titre De l’or à la pourpre, cette biographie intimiste, s’intéressant tout particulièrement à la personnalité de la reine, couvrira 45 planches publiées durant l’année 1966. Elle est suivie d’une nouvelle série ayant pour titre Le Roi a disparu et consacrée, elle, à une autre énigme de l’Histoire, celle de "Louis XVII". Les grandes séries historiques se prolongent en 1969 avec De l’île de beauté à l’île de malheur qui retrace la vie de Napoléon Bonaparte dont on célèbre cette année-là le bicentenaire.

Sur le thème historique, Pierre Brochard ne se limite à l’horizon Fleurus mais intervient, dès 1963, dans Francs-Jeux, journal éducatif publié par la Ligue de l’Enseignement et diffusé au sein des écoles publiques, de même que Terre des Jeunes, magazine destiné aux élèves des collèges. En dix ans, Pierre y signe une cinquantaine de sujets sur les scénarios de différents auteurs, allant de l’histoire des moyens de transport aux "Merveilles du monde", et à la vie du général Hoche ou du chevalier Bayard. Là encore, l’emploi du document le plus fiable possible est un souci permanent : auprès de Pierre intervient désormais son fils Philippe qui s’est orienté vers des études d’Histoire dans le cadre universitaire.

Avec les années, l’intérêt pour les sujets historiques s’amplifie. Pierre Brochard est de plus en plus souvent sollicité, en-dehors du domaine strict de la BD, pour illustrer divers récits, fiches et posters documentaires, ce qui va bientôt l’orienter vers d’autres éditeurs.

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